Dérive Casablancaise 2026
Le monde ne ralentit pas. Il s’embrase.
Les guerres se multiplient. Les génocides se poursuivent sous nos yeux. Les violences économiques et sociales se banalisent. Des peuples disparaissent, des territoires sont détruits, des mémoires sont effacées. L’histoire semble parfois s’écrire à rebours, dans une accélération où la destruction devient la norme.
C’est depuis ce présent que s’invente Dérive casablancaise.
Non pas comme une parenthèse culturelle, mais comme un lieu où l’on refuse l’immobilisme. Un espace où l’on continue de regarder le monde en face, d’en éprouver les secousses, de chercher des formes capables de résister à l’effacement.
Dérive qui se dit «Mounaataf» en arabe, veut dire « là où le chemin bifurque».
Une bifurcation est la possibilité d’un autre mouvement. D’une autre manière d’habiter le temps, de penser, de raconter, de regarder. Elle emprunte souvent les chemins secondaires, ceux du détail, du fragile, de l’invisible, là où persistent encore des récits que les grandes histoires oublient.
Depuis trois éditions, Dérive casablancaise avance ainsi : sans itinéraire figé, mais avec une direction. Celle d’un projet qui préfère les questions aux certitudes, les processus aux réponses définitives, les rencontres aux démonstrations.
Pendant quatre jours, Casablanca devient un territoire traversé par la danse, le théâtre, la musique, le cinéma, la littérature, la poésie et la performance. Des pratiques différentes qui dialoguent pour déplacer les lignes du réel.
Cette année, les artistes invités partagent un rapport étroit à l’Histoire. Une histoire incarnée : celle qui survit dans les corps, les gestes, les voix, les archives, les images, les sons ou les silences. Une histoire fragmentaire, parfois lacunaire, mais toujours vivante. Une histoire qui ne cesse de revenir parce qu’elle continue d’agir sur notre présent.
Leurs œuvres cherchent à révéler les fractures du monde et à déplacer les regards.
Elles rendent visibles des récits marginalisés, des mémoires empêchées, des géographies oubliées. Elles rappellent surtout que créer n’est jamais un geste neutre.
La programmation de cette édition rassemble des artistes de générations, de parcours et de pratiques différents. Premières œuvres, créations récentes, pièces plus anciennes, formes situées, en cours de fabrication ou déjà abouties : toutes coexistent dans une même constellation qui apparaît comme un fragment, un détail de notre monde actuel.
Dans une circulation.
Une conversation.
Un espace où les œuvres se répondent autant qu’elles dialoguent avec celles et ceux qui les regardent.
De cette constellation naissent des questions plus que des conclusions.
Sur quoi continuer à s’appuyer lorsque les repères vacillent ?
Quels récits transmettre lorsque les anciens s’effondrent ?
Comment inventer de nouvelles formes de solidarité, de mémoire et de responsabilité ?
Dérive casablancaise propose de partager le temps nécessaire pour que ces questions puissent être posées collectivement.
À Casablanca.
Avec celles et ceux qui la traversent, qui l’habitent, qui la racontent.
Et dans cette perspective, nous sommes heureuses d’être en présence du metteur en scène Wael Kadour, de la comédienne et metteuse en scène Chrystèle Khodr, des artistes Oraib Toukan et Taysir Batniji, de la photographe et vidéaste Camille Lorin, du scénographe et metteur en scène Nadim Deaibes, des musiciens Maurice Louca, Osama Shalabi et Alan Bishop du groupe Dwarfs of East Agouza, du chorégraphe et danseur Bilal El Had, du chorégraphe et danseur Jordi Gali, de la dramaturge Khulood Bassel, de la poétesse et comédienne Soukaina Habiballah, des artistes performeur·euses Laurie Bellanca et Benchamin Chaval, et du chorégraphe et danseur Mackenzy Bergile dont on a eu envie d’emprunter la phrase suivante afin de conclure cette note : «What I am is never just me».
Nous espérons que vous serez nombreux·se.s à nous rejoindre dans l’effort d’un cheminement collectif.
Bonne Dérive.
Meryem Jazouli, Danya Hammoud & Dounia Benslimane